Art à Lyon : Carasco et les cyanotypes de la Presqu’île

Émilie Lacour, alias Carasco, cueille les empreintes de la nature, traçant les silhouettes des végétaux qu’elle cumule précieusement. Des cyanotypes qu’elle décline en tableaux et marque-pages, comme autant de monochromes de bleu révélés sous les rayons du soleil. 

 

Ôde à la nature
Procédé photographique monochrome, la cyanotypie a été mise au point en 1842 par le scientifique et astronome anglais John Herschel
, au cours de ses recherches sur la sensibilité des sels de fer à la lumière.  Pour comprendre son fonctionnement, nous retrouvons Émilie Lacour, créatrice de Carasco au pied dans le 2e arrondissement de Lyon. « Je vous emmène dans mon bureau ? » Direction les quais de Saône, où la magie opérera. Sur un papier aquarelle « assez épais pour supporter un rinçage dans un bain d’eau d’une dizaine de minutes », l’artiste lyonnaise applique un mélange de deux produits chimiques.  « Le citrate d’ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium. Cette émulsion photosensible, réagira à une exposition lumineuse. » Délicatement, elle dépose des fleurs et des végétaux ombélifères séchés : fougère, marguerite, orchidée « mais pas de rose, dont l’empreinte laisserait un rond blanc sans intérêt esthétique. »  Des éléments qu’elle cueille lors de balades à la campagne ou en Ville. « Je me rends régulièrement à l’île Barbe et sur les quais du Rhône. Je cueille également dans les vieilles marches du Vieux-Lyon. La nature est partout ! Ce qui m’intéresse ce sont les végétaux fins et dentelés. (…) Chaque fleur a une histoire. Je me souviens parfaitement de l’endroit où je l’ai cueillie. Si elle vient à disparaitre, c’est un vrai déchirement. »

Le roi soleil
Bien installées en bord de Saône, les œuvres n’attendent qu’à être révélées. Un travail déterminé par le soleil, maître du jeu.  « Je vérifie l’index UV avant chaque sortie. Aujourd’hui nous sommes à 7. C’est le plus fort qu’on puisse avoir à Lyon. (…) Il faut ensuite être patient (de 15 et 45 minutes). Le secret est de ne pas laisser les végétaux trop longtemps au soleil pour garder les détails. » Contrainte par les rayons, Émilie ne peut pas réaliser de cyanotypes de fin novembre à début février. « J’ai bien une lampe UV, mais ça ne fait pas partie de ma démarche. » Le produit ainsi déposé sur le papier, entourant les végétaux, passe du vert au marron. Une fois le temps d’exposition terminé, il faudra plonger les feuilles de papier dans un bain d’eau pour voir les empreintes végétales apparaitre sur fond bleu. « Le soleil et ses rayons tracent la silhouette et les nervures. Le vent bouscule, soulève, déplace et donne les nuances. Il y a la lumière et il y a les ombres, celles qui étendent la palette de tonalités et rendent les contours un peu flous. Et puis il y a l’eau qui révèle, fixe, et laisse apparaître ce bleu de Prusse si caractéristique. »

 

> Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine Vivre Lyon n°18 (automne 2020)
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