Nos lyonnaises ont du talent : dans l’atelier de Manon, marchande de couleurs

Manon Da Silva crée des aquarelles à base de pigments naturels dans son Pigmentarium. Pour Vivre Lyon elle a ouvert les portes de son laboratoire de couleurs. 

Direction la Croix-Rousse, dans le 4e arrondissement. Une pluie battante, et un ciel particulièrement orageux nous escorte jusqu’au Pigmentarium, un atelier d’art et d’artisanat imaginé par la créatrice à la spécialité rare Manon Da Silva. « Lorsque j’ai créé ma première teinte, pendant mes études, il existait une trentaine de fabricants de couleurs dans le monde. Cinq ans plus tard nous sommes près de 300, souffle Manon. » À ses pieds, 50 kilos de couleurs jonchent le sol.  « J’ai fait des études de restauration d’art que j’ai arrêté lorsque je suis tombée malade, poursuit l’artiste lyonnaise, les solvants que nous utilisions en classe ont détruit mes poumons. »
En mai 2019, elle lance Le Pigmentarium, créant des couleurs dans son atelier de Rillieux-la-Pape dans un petit local du parc d’accrobranche Vanciaventure. « Mon conjoint en est le directeur, c’est lui qui m’avait prêté cet endroit pour travailler. ». Quelques mois plus tard l’endroit est inondé. « J’ai perdu 1 500 € de produits ! ».

© Yanis Ourabah

 Jardin des teintes 
« Lorsque j’ai lancé ma boite je voulais créer 10 à 15 couleurs par mois. Aujourd’hui j’en ai plus de 250. » Sunnyearth, bouton d’or, jonquille, gris paisible, heaven… les nuances se suivent mais ne se ressemblent pas. « Je puise mon inspiration dans les recherches que j’effectue sur internet, Pinterest, ou encore au gré de mes promenades ou de mes balades en forêt. Toutes les couleurs peuvent être réalisées, sauf le bleu Klein qui est la seule teinte brevetée. (…) Les pigments résultent de cailloux que je broie, confie la marchande de couleurs. Mes ocres viennent de pierres dénichées dans le Lubéron. Les matériaux naturels utilisés doivent avoir une couleur intense pour être exploitables.  » Dans sa cuisine créative, Manon donne de la matière à ses pigments qu’elle mélange délicatement à de la gomme arabique, de l’eau déminéralisée et de la glycérine végétale. Une recette qui ne supporte pas l’à peu près. “Il faut être très vigilant et précise. La nuance se joue à un gramme.

© Yanis Ourabah

De l’art haut-de-gamme 
Commercialisées sur le site internet Le Pigmentarium, les couleurs sont vendues entre 7,5 € et 10 € l’unité, à partir de 90 € les 10 teintes.  « Mes aquarelles sont achetées par des artistes mais très peu utilisées sur toiles, explique Manon Da Silva, elles sont également très utilisées en calligraphie, et récemment dans le nail art. » Prochaine étape : la création de gouaches. « La gouache est plus opaque, plus chargée minéralement, souligne Manon. »

Une empreinte écologique contrôlée 
Soucieuse de son impact écologique, l’artiste lyonnaise tente autant que possible de respecter la planète en développant une conscience écologique, éthique et durable. « Je ne voulais d’ailleurs pas concevoir de couleurs à paillettes, qui contiennent du plastique, confie Manon. C’est pourquoi j’en propose peu. Je préfère utiliser le mica qui est une pierre brillante. C’est mieux éthiquement, mais on en trouve difficilement. » Adepte du minimalisme, la jeune femme poursuit son engagement écologique jusque dans le choix de ses contenants. « J’utilise du plastique biologique comme matériau de base pour créer ces petits contenants carrés que j’imprime en 3D, et dans lequel je verse mes couleurs. » Un jardin des teintes où la nature prend tout son sens.

 

© Yanis Ourabah

Ins… ta… gram… 
Parce qu’il n’est pas évident de choisir un nom pour les couleurs qu’elle réalise, et que l’inspiration vient parfois à manquer, Manon Da Silva a pour habitude de faire appel à sa communauté virtuelle sur sa page Instagram. « Je leur propose de me soumettre des idées de noms en concordance avec la couleur partagée. Le follower dont je retiens l’idée remporte la couleur. » Restez connecté.e.s ! 

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